URGENCE NIGER
SECHERESSE + CRIQUETS =
FAMINE DES HOMMES & DES ANIMAUX
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AIDEZ-NOUS A CONSTITUER UN FONDS DE SOLIDARITE
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Ermont, le 13 Juin 2005

Pour mieux vous rendre compte de la catastrophe silencieuse qui se déroule ACTUELLEMENT au Niger, nous vous proposons de parcourir cette revue de presse, qui témoigne d'une situation humanitaire terrible.

Nous pouvons apporter notre aide concrètement et rapidement, en collectant des fonds qui permettront d'acheter sur place du mil (base alimentaire) et des aliments pour bétail.Sur place, ces vivres seront vendus à prix modérés, de manière à pouvoir réinjecter les recettes de ces ventes dans le renouvellement des vivres jusqu'à la saison des pluies.

Pour les populations, il s'agit de tenir la "période de soudure", c'est-à-dire cette saison sèche qui va de Mai à Août, le mois des pluies où les pâturages vont repousser. Il reste encore 2 mois avant ces pluies.

Les derniers témoignages de nos amis à Agadez nous font part de troupeaux de petits ruminants décimés, et pour ceux qui ne sont pas morts, ils sont vendus au marché des animaux à Agadez pour quelques francs seulement. Un troupeau de chèvres et moutons pour un foyer nigérien est l'équivalent d'un compte bancaire en Occident. Et c'est ce capital qui est en train de s'écrouler.
Parallèlement, la sécheresse du Sud et du Sud-ouest du massif de l'Aïr ont poussé les éleveurs de ces zones à migrer précocement dans le nord. Beaucoup de Peuhls ont transhumé dans l'Aïr pour tenter de sauver leurs vaches. Les populations sont alors confrontés à un exode massif dans leur zone, ce qui a pour principales conséquences la tarrissement immédiat des points d'eaux et la disparition des pâturages qui avaient perduré jusque là.

 

Aidez-nous à constituer un fonds de solidarité pour ces populations menacées et extrêmement vulnérables.
Votre don servira a alimenter les banques céréalières et fourragères dans la région d'Agadez.

Pour aider les populations du Nord Niger a faire face à la famine et à la survie de leurs cheptels, aidez-nous à constituer un fonds de solidarité en nous adressant vos dons par chèque à GRAIN DE SABLE (1, rue du 18 Juin 1940 - Ermont/France). Pour plus d'informations, contactez Pierre Lecut au 06.800.23.155. ou Karine Dyskiewicz au 06.62.83.59.73.

AIDEZ-LES.

 

 

Article de "Grain de Sable.Com" n°15 - Mai 2005

Le Niger, avec une population de 12 millions d'habitants en 2004, est classé parmi les pays les moins avancés (PMA) et les pays à faible revenu et à déficit vivrier au 173ème rang sur 174 pays selon l'indicateur de développent humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour 2003.
Le revenu annuel moyen était de 190 dollars par habitant en 2002, la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté étant estimée à 63%, dont 34% considérés comme extrêmement pauvres.

Sur les 18 dernières campagnes agricoles, 13 ont été déficitaires. Le production agricole en 2004 a été sévèrement affectée par l'invasion acridienne et la sécheresse dans la bande agropastorale, causant une perte totale de la production céréalière estimée à 15% en moyenne dans les régions affectées, et à 3% à l'échelle nationale compte tenu du poids de ces régions dans la production céréalière totale. Les pertes de production sont dues pour deux tiers à la sécheresse et pour un tiers au criquet pèlerin.

La production céréalière nette pour la campagne 2004/2005 est estimée à environ 2 449 900 tonnes. Le déficit céréalier prévisionnel pour 2004/05 s'établit à 223 350 tonnes, soit environ 7,5% des besoins nationaux estimés à 2 991 600tones. Si ce déficit ne paraît pas énorme au niveau national, il ne doit pas occulter l'extrême vulnérabilité alimentaire à laquelle sont désormais exposées, du fait de la sécheresse et de l'invasion acridienne, plus de 3,8 millions de personnes pour quelques 3 729 villages situés principalement dans la zone agropastorale du centre et du nord du pays.

Ces populations vulnérables ont adopté très précocement des stratégies de survie qui concernent, entre autres, l'exode vers la capitale Niamey ou les pays limitrophes, la transhumance précoce avec le risque que le bétail envahisse les zones de cultures où les récoltes seraient encore sur pied, le déstockage des animaux vendus à bas prix, et la coupe excessive de bois comme source alternative de revenu avec pour conséquence l'accélération de la désertification.
La situation alimentaire est critique dans le Nord et dans certaines localités du reste du pays. Les marchés sont faiblement approvisionnés en céréales locales ou importés avec une tendance à la hausse des prix. La vente des céréales à prix modérés se poursuit dans les zones vulnérables.
La présence des produits maraîchers sur les marchés vient en renforcement à la sécurité alimentaire du pays. On observe un déstockage important du cheptel pour faire face au manque de pâturages, à l'assèchement des points d'eau et aux besoins alimentaires des éleveurs.

 


Dans la région d'Agadez, la situation alimentaire se caractérise par une hausse des prix des céréales et par une rareté des produits maraîchers sur les marchés (oignons, tomates, chou, pomme de terre,…). Elle reste difficile pour le ménage moyen. On assiste à une mévente des petits ruminants ces dernières semaines, mettant ainsi les éleveurs dans une situation alimentaire difficile. Les termes de l'échange bétail contre céréales se sont nettement détériorés. Il faut 2 béliers pour se procurer un sac de 100 kilos de mil.


Cette année, ces prix vont considérablement augmenter. A titre indicatif, début avril, le sac de 100 kilos de mil coûtait 20 000 FCFA (30 euros). Un instituteur gagne 40 000 FCFA. En juin, le sac atteindra 30 000 FCFA (45 euros). Avec 100 kilos de mil, sur la base d'un foyer de 7 personnes (parents et enfants compris), la famille tiendra 28 jours au maximum. A côté de cela, il faut acheter l'huile, le sucre, le thé, le lait, les tomates séchées pour la sauce …

 

 

On voit déjà dans le sud du pays, où Médecins sans frontières a mis en place en urgence 4 centre de renutrition pour enfants sévèrement malnutris, plusieurs décès d'enfants par jour, et il reste encore 3 mois à tenir jusqu'aux prochains récoltes … Des enfants dans un état qui nous rappelle cruellement la famine en Ethiopie de 1984.

La vallée de Sakafat où intervient Grain de Sable (région d'Agadez) ne fait pas partie des zones les plus vulnérables au sens strict, n'ayant été victimes ni de la sécheresse, ni de l'invasion acridienne, et une majorité de jardiniers de la zone ont fait de bonnes récoltes qu'ils pourront troquer contre des céréales.
Mais c'est justement l'existence de pâturages dans la zone de Sakafat qui a poussé les peuhls du sud à venir avec leur troupeau de vaches chercher les quantités d'herbes dont les troupeaux ont besoin. Les pâturages perdurant sont donc disputés par les éleveurs venus du sud, de l'ouest et du sud-est pour trouver à tout prix l'herbe nécessaire.
Parallèlement, l'augmentation record des produits de première nécessité dans la région affectera considérablement les foyers les plus pauvres, qui n'auront aucun moyen de faire face à cette inflation galopante et devra vendre à vil prix leurs chèvres déjà bien amaigries.

Grain de sable va faire de son mieux pour répondre à l'urgence dans la zone de Sakafat en mettant en place des "banques céréalières et fourragères". Le principe pour l'association est d'acheter 15 tonnes de mil et 5 tonnes de graines de coton (aliments riches pour bétail), et de les revendre à la population à prix modéré. Coût de cette opération pour Grain de Sable : 10 000 euros.

Sachez que l'avenir ne s'annonce pas plus clément. Des colonies de criquets pèlerins ont envahi la semaine dernière le nord du Mali, et d'autres sont observées au sud -Est du Niger.


Pour l'Association Grain de sable,
Karine Dyskiewicz
www.graindesable.com


presse 31.05.05. Le Premier ministre lance un appel à l'aide alimentaire

NIGER - 28 mai 2005 - par PANAPRESS
Le Premier ministre du Niger, Hama Amadou, a lancé samedi à Niamey "un appel angoissant" à la communauté internationale pour une aide alimentaire d'urgence au Niger, pays confronté à un déficit vivrier causé par une mauvaise campagne agricole.

S'exprimant lors de la présentation de sa de politique générale devant l'Assemblée nationale, il a affirmé que depuis plusieurs mois la famine sévit de façon aiguë dans de nombreuses zones, particulièrement dans l'est, le nord et l'ouest du pays, précisant qu'elle touche 3,6 millions de personnes.

Il a indiqué que le pays fait face à un déficit céréalier de 223.000 tonnes occasionné par la sécheresse et l'invasion acridienne, affirmant que le gouvernement a déjà mis 42.000 tonnes de vivres sur les marchés pour soulager les populations.

Il y a une dizaine de jours, les Nations Unies ont lancé un appel d'urgence de 16 millions de dollars en faveur du Niger.

"Une catastrophe silencieuse se prépare au Niger", a averti l'ONU dans un communiqué, indiquant que 800.000 enfants de moins de cinq ans souffrent de la faim dont 150.000 sont gravement mal nourris.


Communiqué de presseAFR/1177 IHA/1048
LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE RESTE SOURDE À L'APPEL VISANT À JUGULER LA CRISE ALIMENTAIRE AU NIGER

(Adapté de l'anglais)

NEW YORK, 2 juin 2005 (OCHA) -- À ce jour, la communauté internationale est restée sourde à l'Appel d'urgence lancé, il y a deux semaines, en faveur du Niger. Face à la crise alimentaire qui frappe le pays, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires avait demandé la somme de 16,5 millions de dollars pour venir en aide, pendant quatre mois, à quelque 3,6 millions de personnes dont 150 000 enfants souffrant de malnutrition. La crise alimentaire résulte de l'invasion de sauterelles de 2004 qui a été la plus dévastatrice que le pays ait jamais connue en 15 ans. Cette année, le pays risque de subir les mêmes phénomènes. Les sommes demandées sont principalement destinées aux secteurs de l'agriculture, de l'alimentation et de la santé. Alors que la communauté des donateurs a financé à 100% les besoins humanitaires découlant du tsunami, elle n'a répondu qu'à hauteur de 25% aux besoins du reste du monde. À cette date, pas un seul dollar n'a été promis pour le Niger en réponse à l'appel lancé il y a deux semaines.

Pour plus d'informations, veuillez contacter Stephanie Bunker, Bureau de la coordination des affaires humanitaires à New York, 1(917) 367-5126 ou 1(917) 892-1679; ou Elizabeth Byrs, Bureau de la coordination des affaires humanitaires à Genève, 41 22 917 2653 ou 41 (0) 79 473 4570.

UN Integrated Regional Information Networks
Publié sur le web le 3 Juin 2005
Niamey
- Des milliers de personnes ont manifesté jeudi à Niamey, la capitale du Niger, pour dénoncer l'incapacité du gouvernement à faire face à la pénurie alimentaire et exiger la distribution gratuite de vivres aux populations menacées par la famille dans plusieurs régions du pays, ont indiqué les organisateurs de la marche.
Brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Nous avons faim !" ou "Distributions gratuites de vivres !", près de 2 000 personnes ont manifesté dans les rues de Niamey, selon la Coordination démocratique de la société civile (CDSC). De sources policières, un millier de personnes environ auraient pris part a la manifestation.
Plus de 3 millions de nigériens sont confrontés à la famille à la suite du déficit céréalier et de l'invasion acridienne qui a dévasté l'année dernière la végétation de ce pays aride, ont indiqué les autorités nigériennes.
Près de 15 pour cent de la production céréalière moyenne et 40 pour cent du cheptel ont été détruits au Niger, état d'Afrique de l'ouest figurant parmi les deux pays les plus pauvres du monde, selon les estimations des l'ONU, et où 63 pour cent de ses 12 millions d'habitants vivent avec moins d'un dollar par jour.
Les organisations non gouvernementales présentes sur le terrain ont enregistré un taux de malnutrition très alarmant chez les enfants de moins de cinq ans et, selon Médecins Sans Frontières (MSF), un enfant sur cinq pourrait souffrir de malnutrition dans les régions de Tahoua et de Maradi, au sud du Niger.
"La CDSC pense que lorsque la population a faim elle doit bénéficier d'une aide alimentaire et avoir droit à des vivres", a expliqué à IRIN jeudi Moussa Tchangari, le porte-parole de la CDSC.
Selon les autorités locales et les travailleurs humanitaires, étant donné que leur greniers sont presque vides actuellement, de nombreux paysans commencent à consommer des plantes sauvages et d'autres creusent des termitières dans l'espoir de trouver des graines laissées par les insectes.

"Ces gens n'ont plus d'argent et peuvent mourir; le gouvernement ne devrait pas leur demander de payer les céréales", a déploré Tchangari.
Parce que le Niger est souvent confronté à des déficits céréaliers, les autorités ont mis en place un système de banque alimentaire qui assure la distribution de céréales dans les zones où les réserves de vivres sont insuffisantes. Grâce à ce système, les habitants peuvent, par exemple, acheter 100 kilos de mil à un prix modéré de 10 000 FCFA (20 dollars américains), soit la moitié du prix proposé sur le marché.
Selon Seydou Bacari, coordonnateur de la cellule de crise alimentaire du gouvernement, les autorités ont déjà fourni 42 000 tonnes de céréales à des prix subventionnés et créé plus de 1 200 centres où les gens peuvent travailler et être rémunérés en vivres ou en espèces.
Le gouvernement n'est pas contre le principe d'une distribution de vivres, mais il n'a ni les moyens financiers ni les céréales pour apporter une telle aide.
"Allons-nous donc distribuer les maigres ressources dont nous disposons et nous tourner les pouces, ou trouver un mécanisme qui permettra à un salarié d'acheter sa ration alimentaire avec le peu d'argent qu'il gagne ?" s'interroge Bacari.
Mais le gouvernement, a-t-il ajouté, n'a pas les 43 milliards FCFA (86 millions de dollars) qu'il faut pour acheter les 223 000 tonnes de céréales de nécessaires pour alimenter les nigériens affamés.
"Nous avons lancé un appel à l'aide internationale, mais nous n'avons eu aucune réponse", a-t-il précisé.
Le mois dernier, l'ONU avait lancé un appel aux bailleurs pour recueillir plus de 16 millions de dollars pour l'aider à face à ce qu'il a appelé la "crise silencieuse" du Niger.
Jeudi dernier, le bureau de Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCAH) a indiqué que jusqu'à présent aucun dollar n'a été donné.
Pour Bacari, même si les ressources financières étaient disponibles, il serait difficile d'acheter suffisamment de céréales car les pays voisins sont également affectés par la crise.
Près de six millions de personnes dans la région semi-désertique du Sahel, en Afrique de l'ouest, sont confrontées à la famine après l'invasion acridienne de l'année dernière et la sécheresse qui ont détruit les cultures et les pâturages.


Le centre de renutrition intensive de Dakoro a ouvert début mai 2005. Les enfants y arrivent de plus en plus nombreux et de plus en plus faibles. (Photo: Donaig Ledu/RFI)

RFI : Niger

Famine: des dizaines de milliers d'enfants menacés

Sécheresse, invasions acridiennes: la saison des pluies 2004 a été mauvaise dans le Sahel. Au Niger, on estime que 3,6 millions de personnes, soit près du tiers de la population, sont menacées par la crise alimentaire. Au mois de mai, les Nations unies ont lancé un appel urgent: il faut 16 millions de dollars pour faire face. Premières victimes de cette Â"catastrophe silencieuse": les enfants de moins de cinq ans. 50 à 150 000 d 'entre eux risquent de tomber dans la malnutrition sévère d'ici à la fin de la période de soudure, c'est-à-dire d'ici au mois d'octobre.
De notre envoyée spéciale au Niger


Lorsque la petite Haoua arrive, inconsciente, au Centre de renutrition intensive (Creni) de Médecins sans frontières (MSF) à Maradi, personne n'e pense qu'elle pourra survivre. Deux jours plus tard, elle a recommence à pleurer. Sa grand-mère veille sur elle, jour et nuit. Elle le sait bien, qu'elle a trop attendu. L'enfant est malade depuis longtemps: des crises de paludisme, des diarrhées à répétition… Pour l'emmener au dispensaire, il fallait de l'argent, et il n'y en avait pas à la maison. La petite fille s'est affaiblie peu à peu. Alors, en désespoir de cause, la grand-mère a pris un crédit de 1 000 francs CFA (1,5 euros) pour payer le taxi-brousse jusqu'à Maradi. Grâce à elle, Haoua sera peut être sauvée.


Haoua, deux ans et 3,5 kg.(Photo: Donaig Ledu/RFI)

 


La maman d'Hadiza, dix mois, a déjà eu six enfants avant ses trente ans.
Trois restent en vie.
(Photo: Donaig Ledu/RFI)


Le Creni de Médecins sans frontières à Maradi a ouvert ses portes en 2001. Même lorsque les récoltes sont bonnes, la malnutrition touche des milliers d'enfants nigériens chaque année à cause de la pauvreté, des grossesses rapprochées, d'un régime alimentaire carencé, d'un manque d'accès aux soins. Mais au début du mois d'avril 2005, les équipes de Médecins sans frontières ont tiré la sonnette d'alarme: le nombre d'admissions, à Maradi, avait doublé par rapport aux années précédentes. MSF a ouvert en urgence trois nouveaux centres, à Dakoro, Keita et Tahoua. Au total, entre janvier et juin, 6 000 enfants ont été pris en charge.
Ces enfants souffrent de malnutrition sévère, c'est à dire qu'ils sont en danger de mort s'ils ne reçoivent pas rapidement les soins appropriés. Et les enquêtes nutritionnelles montrent que, dans des villages des régions de Maradi et Tahoua, un enfant sur cinq est malnutri. Sans assistance, ces enfants risquent de basculer, très vite dans la malnutrition sévère.
Encore quatre mois avant la récolte
 
Et pour que le pire arrive, il suffit parfois d'une crise de paludisme ou d'une diarrhée. Â"Quand un enfant tombe malade, raconte Mme Adamou, adjointe au maire de Keita, ceux qui le peuvent vendent leurs poules pour payer le dispensaire. Ceux qui n'ont rien restent là , ils regardent leurs enfants. S'ils guérissent, c'est dieu qui les a guéri. Parce que si l'on emmène un enfant au dispensaire et que l'on n'a pas d'argent, on ne va pas te soigner l'enfant". Dans les centres de santé, les soins sont payants, en vertu du système dit de "recouvrement des coûts", pratiqué dans les formations sanitaires. Et cette année, en période de crise alimentaire sévère, il faut souvent choisir. Beaucoup de greniers à mil sont vides. Les maigres ressources sont utilisées en priorité pour nourrir la famille. Le prix des céréales a grimpé, à mesure que baissait le cours du bétail sur le marché.


A Tibiri, près de Maradi, les enfants sont pesés, mesurés et examinés par une infirmière.(Photo: Donaig Ledu/RFI)

 


On donne aux mamans des conseils pour le suivi de leurs enfants.
(Photo: Donaig Ledu/RFI)


Pour faire face à l'urgence, le Niger centralise les efforts nationaux et ceux des bailleurs de fonds, au travers de son dispositif national de prévention et de gestion des crises alimentaires. Chaque année, à la fin de la saison agricole, des évaluations sont faites. Et des ventes de céréales subventionnées, dites "à prix modérés", ou des opérations "travail contre nourriture" sont organisées dans les villages les plus touchés. Cette année, les autorités estiment que 3,6 millions de personnes sont en zone "à risque". Le plan d'urgence prévoit de couvrir 30 à 40% des besoins. C'est insuffisant. Mais les financements se font attendre.
Le 28 mai, lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Hama Amadou a lancé un appel "angoissé" à la communauté internationale, pour une aide alimentaire d'urgence. "Nous avons encore devant nous quatre longs mois avant la récolte", constate le docteur Isselmou Ould Boukhary, responsable des programmes de l'Unicef à Niamey.


  Quatre longs mois au cours desquels il va pleuvoir. La pluie, pour les paysans et les éleveurs, c'est une bénédiction. L'assurance de la survie pour l'année à venir. Mais c'est aussi la période des épidémies de paludisme et de diarrhées, si dangereuses pour des enfants déjà affaiblis.

Donaig Ledu
Article publié le 08/06/2005
Dernière mise à jour le 08/06/2005 à 17:09 (heure de Paris)


Souvent, les enfants récupèrent de manière spectaculaire...
(Photo: Donaig Ledu/RFI)

 

La malnutrition des enfants, problème de santé publique
NIGER - 5 mai 2005 - par PANAPRESS

Environ 350.000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition au Niger, dont 63.400 de la forme la plus sévère, indique une enquête du Programme alimentaire mondial (PAM) en collaboration avec l'ONG Helen Kellen Internationale (HKI).
Selon cette étude menée en janvier dernier, soit deux mois après la dernière récolte dans les zones rurales de Maradi (sud) et Zinder (est), la malnutrition est devenue un phénomène endémique au Niger en raison de la précarité économique et sociale et des caprices pluviométriques.
L'enquête, qui a concerné les enfants de 6 à 59 mois, avait pour objectif de mesurer la prévalence des différentes formes de malnutrition chez ces petits, de décrire la situation de base de leur état de malnutrition dans ces deux zones et de rechercher des associations entre leur état de malnutrition et les facteurs de leur environnement de vie.
L'étude a porté sur un total de 900 ménages répartis dans 30 villages pour chaque région. Au moment de l'enquête, la situation sanitaire des enfants était préoccupante, indique le rapport, soulignant qu'une proportion élevée d'enfants a été déclarée malades (34,6%) et (38,6%) respectivement à Maradi et Zinder.
Parmi les enfants qui n'étaient pas malades au moment de l'enquête, 44, 1% et 41,1%, respectivement à Maradi et Zinder, ont été déclarés malades au cours des sept jours passés. Parmi les infections qui intéressaient l'enquête, la diarrhée, la fièvre, la toux et la diphtérie étaient les plus citées.
Sur le plan hygiénique, l'enquête révèle que moins d'un ménage sur dix dispose de latrines à Maradi contre moins d'un sur vingt dans la région de Zinder.
La prévalence de l'émaciation globale ou malnutrition aiguë est de 13,4, plus ou moins 2,2% aussi bien à Maradi qu'à Zinder, soit à peu près un enfant sur sept. Le retard pondéral ou maigreur touche 58,8, plus ou moins 3,2% des enfants ciblés dans la zone de Maradi et 55, 6 (plus ou moins) 3,2% dans celle de Zinder, tandis que la forme sévère concerne 24,1 (plus ou moins) 2,8% pour Maradi et 21,2 (plus ou moins 2,7%) pour Zinder.
L'enquête révèle que la malnutrition dans ces deux régions peut être associée à plusieurs paramètres comme le rang de naissance des enfants, le niveau d'instruction et l'état physiologique, ainsi que les conditions de vie du ménage (la disponibilité des latrines, l'origine de l'eau de boisson, la taille du ménage, le nombre moyen de repas servis par jour et le type d'habitat).
Selon l'étude, sur la base de la structure par âge de la population en 2001 corrigée pour 2005 et en considérant les prévalences trouvées pour l'ensemble de chaque région, on dénombrait dans la région de Maradi 70.700 enfants de 6 à 59 mois émaciés, parmi lesquels 11.600 le sont sévèrement avec un besoin urgent de prise en charge dans un centre de récupération et de réhabilitation nutritionnelle.
La population du Niger, dans sa large majorité rurale, était estimée en 2001 à quelque 11 millions d'habitants, avec un taux de croissance démographique de 3,3% et un taux synthétique de fécondité de 7,5 enfants par femme.
La structure par sexe est sensiblement équidistribuée avec cependant une légère prédominance des femmes puisqu'elles représentent 50,1% de la population totale contre 49,9% des hommes et la moitié de la population est âgée de moins de 15 ans. L'espérance de vie est de 48,5 ans.

   
 

TamTamInfo, 03.05.05
L'Evenement: Crise alimentaire au Niger : Les populations font recours aux feuilles et fruits

Le Niger connaît cette année une grave crise alimentaire. Le déficit céréalier et de fourrages respectivement de 223.000 tonnes et 4,5 millions de tonnes, enregistré pendant la campagne agricole 2004-2005 à cause de la mauvaise pluviométrie et l¹invasion acridienne, est d¹autant irrémédiable que l¹on note un exode massif des populations vers les pays voisins. Et cette situation touche la majeure partie de différentes régions de notre pays. La vente à prix modéré des céréales mise en place par le gouvernement n¹est guère une solution suffisante. Car c¹est rarement que les produits parviennent dans certains coins du pays. Et même s¹ils les atteignent, les populations ne peuvent pas en acheter du fait de l¹extrême pauvreté. Pire cette politique reste parasitée par certains politiciens véreux et nocifs qui ne ratent pas la moindre occasion pour s¹enrichir. Une situation dont nous avons d¹ailleurs fait échos dans notre parution N° 80 du 1er mars 2005 et face à laquelle nous avons suggéré plus de vigilance. A titre illustratif, notre confrère " Aïr Info " N° 28 d¹avril 2005 a fait aussi cas de la mauvaise et scabreuse gestion des céréales mis en vente à prix modéré à Aderbissanat dans la région d¹Agadez, où les prix sont malhonnêtement gonflés par les gestionnaires et autres associés du cercle vicieux et mafieux proche du pouvoir. Une situation qui a valu la colère du président Tandja. Quand on sait que le mil constitue l¹aliment de base dans la région sahélienne en moment où la famine sévit, la vente à prix modéré des céréales organisée par le gouvernement s¹avère nécessaire....

Puisqu¹elle permet aux populations les plus démunies de profiter le plus facilement possible et à moindre coût. Mais celle-ci ne se fait pas à un prix accessible à tous. C¹est pourquoi, comme alternative rapide et comme de tradition, les populations les plus démunies font recours à la brousse où elles cueillent certains herbes et fruits pour se nourrir. C¹est le cas de ces habitants de Sirimi, un village situé à 80 km au nord de Niamey, où les femmes nourrissent leur famille avec les graines d¹un arbuste communément appelé " dilo " en haoussa ou " anza " en zarma. Ces graines amères qui ressemblent à des petits pois mais qu¹il faut macérer pendant des jours pour en enlever son goût désagréable. Aussi les fruits amers comme ceux du "garbey " en zarma ou " Adoua " en haoussa et bien d¹autres feuilles comme celles du fromager ou " gamji " en haoussa et de " Agoua " en haoussa, etc sont consommées en cette période de famine au Niger. Par contre dans certains endroits, les populations creusent des fourmilières pour cueillir les graines stockées par les fourmies. Par ailleurs, le anza est actuellement consommé dans certains villages de la région de Zinder, a-t-on appris le samedi 30 avril 2005 à la radio Anfani. Et il faut dire que les autres régions comme Maradi (où on enregistre déjà 10.000 enfants malnutris selon un rapport publié par Médecins Sans Frontières ),Tahoua, Tillabéri, Agadez, etc ne sont pas épargnées quand on sait qu¹elles ont toutes été touchées par l¹invasion acridienne et/ ou la mauvaise pluviométrie. Les chiffres de ce rapport sont aggravés par les résultats d¹une étude effectuée en janvier 2005 dans lesrégions de Maradi et Zinder par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) publiés la semaine passée et qui font état de 80.000 enfants malnutris , âgés de moins de cinq (5) ans. Par conséquent, cette situation doit interpeller la conscience de nos dirigeants à revoir leur politique de vente à prix modéré. Ainsi la responsabilité leur incombe quant à l¹accessibilité des prix à tous les citoyens touchés afin que ces derniers en bénéficient largement. En outre, un suivi quant à la distribution des céréales et une lutte contre " les prédateurs céréaliers " s¹avèrent nécessaires. Mieux vu la précarité de la situation, l¹Etat doit donner ou faciliter l¹accès au crédit (bancaire ou des céréales) pour soutenir les populations et limiter le calvaire. En faisant cela, il aurait empêché les vaillantes populations de déserter le pays. De même c¹est le lieu ici d¹interpeller et d¹appeler à l¹aide la communauté internationale notamment les institutions onusiennes telles que PAM ou le Found Agriculture Organization (FAO) dont la mission est essentiellement d¹assister les populations qui sont dans le besoin. Ce n¹est pas seulement les pays en guerres qui ont besoin d¹être assistés. Il faut dire que loin des cameras et des micros, les populations sahéliennes en général sont meurtries par la famine. La solidarité internationale qui a prévalu à la suite du Tsunami en Asie du Sud-Est, doit être témoignée aux populations sahéliennes menacées car, la famine aussi bien que le Tsunami est une catastrophe naturelle.

Mamane ABDOU

   
 

La société civile manifeste contre la faim

NIGER - 2 juin 2005 - par PANAPRESS
La Coordination démocratique de la société civile (CDSN) a organisé jeudi des meetings suivis de marches pacifiques dans plusieurs villes du Niger pour exiger du gouvernement une distribution gratuite des vivres aux populations victimes de la famine.

A Niamey, la capitale, un millier de personnes ont tenu un meeting pour dénoncer "l'incapacité du gouvernement" à enrayer la crise. "La CDSC dénonce l'incapacité du gouvernement à faire face à la situation et son mépris pour les milliers d'enfants qui meurent de malnutrition", a déclaré le porte-parole de la coordination, Kassoum Issa, lors du meeting.

M. Kassoum a estimé que la stratégie du gouvernement dans la gestion de la crise ne peut conduire qu'à une "catastrophe," et a appelé la communauté internationale à sauver les femmes et les enfants du Niger par une assistance alimentaire d'urgence.

Pour faire face à la situation, le gouvernement a engagé une opération de vente de céréales à prix modérés. L'opération, qui vise à placer 67.000 tonnes sur les marchés d'ici à fin août, a pour but de casser les prix des céréales sur les marchés.

L'Etat achète le sac à 20.000 F pour le revendre à 10 000 FCFA. Au moins 42.000 tonnes sont en cours de vente dans les zones critiques du pays.

Plus de 3,6 millions de Nigériens sont confrontés à la famine à la suite d'un déficit céréalier de 223.000 tonnes enregistré lors de la campagne agricole 2004-2005 caractérisée par la sécheresse et l'invasion acridienne, rappelle-t-on.

Le 28 mai dernier, le Premier ministre a appelé la communauté internationale à venir en aide au Niger. Les Nations unies avait également lancé un appel pour rechercher 16 millions de dollars en faveur du Niger.

"Une catastrophe silencieuse se prépare au Niger", avait averti l'ONU dans un communiqué, indiquant que 800.000 enfants de moins de cinq ans souffrent de la faim, dont 150.000 sont gravement mal nourris.

Mercredi dernier, les organisations de femmes au Niger avaient elles aussi appelé la communauté internationale à venir en aide aux populations nigériennes, après avoir dénoncé le laxisme des autorités.

"Nous dénonçons le laxisme des autorités face à cette situation de famine qui aggrave les inégalités... Nous lançons un appel à la communauté internationale pour venir en aide aux populations", indique la Confédération générale des associations féminines (CONGAFEN) dans un communiqué de presse.

La CONGAFEN estime que seule une distribution gratuite de vivres peut aujourd'hui soulager les familles, l'opération vente de céréales à prix modérés étant en fait le témoignage de "l'inefficacité et de la "légèreté" auxquelles le gouvernement fait face.

"Nous rappelons aux autorités qu'elles ont le devoir de porter assistance aux populations affamées, notamment les femmes et les enfants qui sont les plus vulnérables", a-t-elle ajouté, exprimant sa compassion aux femmes rurales abandonnées à elles- mêmes dans des villages désertés par les hommes et "qui se retrouvent contraintes d'affronter les affres de la famine avec leurs enfants dont certains meurent sous leurs yeux".