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Grain de Sable Compte-rendu de Voyage - 7 au 22 Mars 1999

La fine équipe : Pierre LECUT, Christine Carreau, Véronique TIVANT, Karine DYSKIEWICZ

DIMANCHE 7 MARS 1999 Paris - Niamey via Bamako en 9 heures.

LUNDI 8 MARS 1999 Pendant que Pierre se coltine (comme d'habitude) les différents Ministères pour tenter de faire sortir les 380 Kg de médicaments des douanes, on pique un plongeon dans la piscine de l'hôtel des Rosniers …. Pierre a finit par faire sortir les malles de médicaments contre 1 700 FF pour l'exonération de la marchandise, un pur bakchich ; au total, le transport des médicaments et les différents bakchichs (sans lesquels rien ne se passe) aura coûté à Grain de Sable 12 000 FF. En fin d'après-midi, nous rencontrons 2 "Greffons", membres bénévoles du GREF ( ….), qui viennent pour la 1ère fois au Niger pour une prise de contact. Nous envisageons une action commune aux alentours d'Iférouane, dans le nord de l'Aïr pour la scolarisation de cette région.

MARDI 9 MARS 1999 Nous avions rendez-vous à 6 heures ce matin-là pour aller à Agadez ; nous avons attendu en tout et pour tout 17 heures, sans nouvelle du chauffeur qui devait nous y emmener. Nous avons fini par louer une 505 Familiale vers minuit pour effectuer les 1 000 Km qui séparent les 2 villes. On pourrait écrire un roman sur ce voyage : on y rencontre entre 20 et 30 postes de gendarmerie, qui selon leur humeur demandent ou pas un bakchich pour nous laisser continuer notre route. Ce long voyage de 12 heures se termine avec environ 50°C dans la voiture, une chaleur épouvantable qui fait saigner Christine du nez …

MERCREDI 10 MARS 1999 On a du pain sur la planche aujourd'hui : courses et ravitaillement pour notre départ en brousse du lendemain, visite à l'ONG PREMIERE URGENCE qui réalise un gros travail sur l'hydraulique dans l'Aïr, la MISSION CATHOLIQUE d'Agadez, CARITAS, ….

JEUDI 11 MARS 1999 Départ tôt le matin pour Arrarouss, une des 4 écoles Grain de Sable. Là, surprise ! Pas d'école depuis 2 mois pour cause de discorde plutôt obscure entre Adam, notre instituteur et le Chef du village. Ce dernier ne veut plus entendre parler d'Adam et refuse qu'il continue d'enseigner dans son village. Aucun courrier n'était arrivé à Grain de Sable pour nous prévenir de cette situation. Nous trouverons une solution à ce problème le lendemain ….

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Alhousseni - instituteur de Sakafat

 

     Nous déjeunons à Tissawaten (notre 1ère taguela du séjour et pas la moindre !), le village de Moktar : ce fut la 1ère école Grain de Sable construite en dur à son initiative. Sa femme, l'institutrice est souffrante et l'école n'a pas lieu depuis le 19 Février. A part ça, l'école est encore en bon état, hormis les pluies violentes qui creusées une partie des murs. L'immense jardin de Moktar souffre d'une maladie qui fait des ravages sur les pommes de terre notamment : des toiles d'araignée se tissent et étouffent complètement les plants et seule une pomme de terre en sort (au lieu d'une dizaine) ….Les produits de traitement sont chers et difficiles à trouver. Départ vers 16h00 pour Sakafat, 3ème école de notre association. On arrive en pleine classe et presque que je me ferais engueuler parce que je distrais le cours …. Cette école est sans doute la meilleure ; Aghali & Alousseni réalisent un travail exceptionnel, professionnel et consciencieux, aussi bien dans l'aboutissement du programme scolaire (sanctionné par une remise de diplômes) que dans le soin qu'ils prennent à stocker les fournitures que nous leurs acheminons. 18 enfants ont déserté l'école pour cause de trop long trajet, et il reste 30 enfants. Peut-on maintenir 2 instituteurs pour 30 élèves et 3 classes ? Les enfants ont un niveau de français au dessus de la moyenne, ils sont très à l'aise pour nous parler. Nous nous lavons au puits, où je suis d'ailleurs certaine que l'on nous observe (les p'tits malins !)

     Nous passons une super soirée chez l'instituteur, après une réunion tumultueuse avec les institutions villageoises : Pierre aborde le problème des filles à l'école, dont le 1/3 est indispensable pour obtenir un espoir de reconnaissance de nos écoles par l'état. Cette condition n'est pas négociable et heurte quelque peu les esprits masculins …. C'est notre 1ère nuit en brousse et on entend un Tindé au loin … Comme Aghali et Moktar se sont amusés à me coller la frousse avec leurs histoires de chacals qui s'approchent très près des campements, je ferme pas l'œil de la nuit …. Il y en a beaucoup dans cette région, qui s'attaquent aux cheptels, et tuent quelques fois 4 à 5 bêtes par nuit. La strécine a été une solution temporaire : ils sacrifiaient une bête qu'ils empoisonnaient de ce produit et les chacals mourraient ainsi eux-mêmes empoisonnés … Jusqu'au moment où ils se sont aperçus que les eaux de pluies charriaient le poison jusque dans les puits par l'intermédiaire des squelettes des animaux.

VENDREDI 12 MARS La coopérative de femmes de Sakafat se réunit autour de notre campement pour nous demander d'intervenir dans l'achat d'une machine à piller le mil ; elles passent en tout 7h30 de leur journée à piller le mil, indispensable à toute nourriture. Cette machine coûte ~ 5 000 FF au Nigeria et éviterait ainsi ces corvées. Nous ne promettons rien, mais nous prenons en charge le dossier qui peut sans doute intéresser des magazines féminins français.Nous leur avançons la somme de 350 FF pour l'achat d'une machine à coudre pour le couturier du village, qui est aussi le seul secouriste de la région, et lui permettra ainsi de ne pas s'exiler pour trouver du travail. Il promets de vêtir un peu mieux les enfants qui se promènent en haillons. Nous partons pour Tibouhet, 4ème et dernière école. L'instituteur est d'un bon niveau et les enfants aussi. Nous y rencontrons Adam, l'instit d'Arrarouss "démissionnaire" avec qui Pierre propose le deale suivant : il remplacera Alousseni à Sakafat auprès de Aghali, tandis qu'Alousseni le remplacera à Arrarouss, village situé plus près de son village natal. Adam est OK pour une période d'essai de 3 mois, pendant laquelle Aghali sera le seul à pouvoir décider de son maintien dans l'école où de son incompétence et de son renvoi.

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Cantine de l'école de Boudarii,
école publique de la vallée de Tidéne

 

     Partons déjeuner à Boudarii, où se trouve une école d'état (très spacieuse, avec 1 cuisinier pour la cantine du midi), dont Pierre charge le directeur de chapeauter les classes de la vallée de Tiden (classes des ONG Grain de Sable, Touaregs & Touaregs Amitiés) et vérifier ainsi le bon fonctionnement des classes, en échange de quoi les 3 ONG financent l'achat d'un chameau (1 500 FF) pour le déplacement en brousse. Partons ensuite pour Egandewel, où l'on s'arrête au dispensaire : en parfait état, avec différentes salles de consultations, d'injections, chambre froide, … Mais à l'intérieur, 0 médicaments. Nous promettons de tout faire pour leurs assurer l'acheminement de médicaments. Arrivons à El Mecki, à mi-chemin entre Agadez et Timia. Nous y déposons la moitié des 380 Kg de médicaments, dont c'est la totale pénurie. Le village nous fait l'honneur de nous organiser un Tindé pour la soirée : les femmes chantent autour d'un tam-tam tandis que les hommes dansent le mieux possible, de manière à attirer le plus possible le regard des femmes. On a essayé de danser, mais c'était pas gagné …. Cette ville m'avait durant mon 1er voyage, laissée une impression étrange de froideur : erreur ! C'est en fait une ville très hospitalière et très "débrouillarde" ; il y a un marché (rare dans l'Aïr) qui propose de bons produits et les cas de malnutrition chez l'enfant ce compte sur les doigts de la main. Il y a également un vétérinaire, qui prend soin des troupeaux et soignant les bêtes d'exhaure indispensables aux villages.

SAMEDI 13 MARS Partis pour Krip-Krip (15 Km au sud de Timia) ; entre temps, à Tefaraout, Assalek vérifie pour l'ONG PREMIERE URGENCE le niveau des nappes phréatiques des puits. C'est dans ce village, dépendant de Timia mais à de trop longues heures de marche, que Pierre souhaite implanter le 1er centre de soins, les 2 autres se trouvant à Sakafat et à Krip-Krip. En effet, ces 3 villages présentent la particularité d'être très encaissés et peu fréquentés, ce qui les rend "exilés". Ces centres de soins leur éviteraient 1 à 2 jours de marche pour des soins élémentaires …. Arrêt à la guelta (cascade) de Timia, puis arrivée en fanfare chez Souley, notre ami jardinier (il cultive mandarine, goyaves, papayes, oranges, pamplemousses, mangue, raisins, carotte, petit pois, haricots, pomme de terre, blé, fraises, groseilles …). Pour ceux d'entre nous qui cherchent encore, je signale au passage que le paradis se trouve chez Souley …

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Souley, jardinier à Timia

 

    La soirée se déroule autour des chants traditionnels des caravaniers ; on apprend à cette occasion que Michel BELLEVIN, des AMIS DE TIMIA, partira avec les caravaniers lors de la prochaine caravane Timia - Bilma : 40 jours aller-retour pour troquer le sel contre le mil. C'est un voyage excessivement dur, avec des températures proches de 50°C le jour et 2°C la nuit (d'ailleurs, le froid les empêche de dormir plus de 3 heures/nuit); la caravane se compose d'1 homme pour 10 chameaux, qui transportent le fourrage, le bois et l'eau à l'aller, puis le sel au retour. Les chameaux arrivent souvent à destination avec les pieds en sang … J'étais toute contente de leur dire que j'aimerais me joindre un jour à cette caravane …. Ils se sont tous mis à rire et m'ont répondu que je commencerais peut-être à pied, mais finirais à coup sûr en voiture ….

DIMANCHE 14 MARS Partons en ville avec une cinquantaine d'enfants autour de nous. Visite au fort de Timia, complètement et magnifiquement retapé par les habitants et l'aide des AMIS DE TIMIA. Entretien avec Halima, responsable de l'alphabétisation des femmes de Timia : 4 mois de cours au rythme d'une heure par soir pour apprendre à lire et à écrire le tifinagh et le français. Déposons les médicaments au dispensaire, qui a pu tout juste finir l'année avec l'apport en médicaments de l'année dernière. Ce soir-là fût mémorable : un tindé enflammé autour d'une lampe solaire nous a tous rendu à moitié hystérique … Ca les faisait tous bidonner de voir ces blancs qui tentaient de danser à la mode Touareg ; mais on s'en est assez bien sorti dans l'ensemble .Pour info, Timia est arrivé 2ème au concours national de Tindé …

LUNDI 15 MARS Départ pour Kogo (extrême Est de l'Aïr) ; arrêt à Assodé, ancienne capitale de l'Aïr au Moyen Age (les caravanes Nord-Sud y faisaient leur halte), aujourd'hui complètement en ruine ; on y trouve encore des milliers de morceaux de poterie et on y décerne encore bien la mosquée. Déjeuner à Tchin Tellous, dernier village avant de désert de sable. On y trouve un très beau dispensaire, mais complètement dénué de médicaments … comme d'habitude.Tchin Tellous bénéficie aussi d'une école publique. Arrivée à Kogo au coucher du soleil ; faîtes tout ce qui est en votre pouvoir pour y aller un jour : les dunes se fondent dans le marbre, marbre qui change de couleur selon les position du soleil.

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Eleves de l'école publique de Tchin Tellous

 

MARDI 16 MARS Départ de Kogo via la vallée de Zagado pour Tchin Tellous ou cette fois, on y passe la nuit. De nouveau, la population organise un Tindé, sauf que maintenant, on est des pros et qu'on est plus là pour rigoler …

MERCREDI 17 MARS On repart pour déjeuner à Timia ou tous nous ont couverts de cadeaux, souvent des bijoux, et le départ a été très très dur. Nuit à Krip-Krip où l'on se lave en compagnie du chameau "Lecut" appelé ainsi car c'est Pierre qui, il y a un an de cela, avait offert au village 1 000 FF pour acheter un chameau, le leur s'étant gravement blessé à la jambe. Je ne développerais pas ici les nombreuses ressemblances entre Pierre et le chameau ….

JEUDI 18, VENDREDI 19, SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 MARS Départ pour Agadez où l'on arrive vers 18h00. Le soir départ pour Niamey de nuit, sauf que la sortie de la ville est interdite à tous les véhicules : même le backsisch de 50 FF n'a pas marché !! On prend donc la piste et la sortie en fraude se fait sans problème. Arrivée à Niamey le lendemain midi. Départ pour Paris Dimanche soir.

 

Voir rapport d'Octobre 97