octobre.jpg (14140 octets)

 

souley.jpg (26046 octets)amina.jpg (30964 octets)

 

Voyage d’Octobre 1997

 

Rédactrices Cécile & Karine DYSKIEWICZ

Ce journal de bord, aussi périlleux l’exercice est-il, est destiné à vous rendre compte du travail de Grain de Sable dans la scolarisation des enfants de la vallée de Tidene. Les choses sont quelquefois difficiles à coucher sur le papier, voire même indicibles.

Mercredi 8 Octobre 1997 Un peu plus de 5 heures d’avion pour arriver à Niamey en début de soirée. Il fait 37° C et humide ; il y règne un espèce de brouillard fait par le vent et la poussière.

Dîner chez Dodo, le restaurant favori des Touaregs à Niamey.

Nuit mouvementée à l’hôtel Terminus, entre les crapauds et les 100 décibels de la climatisation !

Jeudi 9 octobre 1997 Départ pour Agadez dans un coucou d’Air Algérie. Assalek et Moktar nous accueillent à l’aéroport.

Descente à l’hôtel de l’Aïr, 2 étoiles tout confort, en plein centre ville.

Dîner chez Assalek parmi des dizaines d’autres invités

Vendredi 10 octobre Nous décidons de partir dans nos écoles : les 6 de Grain de Sable et 2 de Touaregs. Moktar conduit, Ibrahim Feltou et Omar nous accompagnent. Pour mémoire, Ibrahim chapeaute les écoles de l’association Touaregs et Omar, les nôtres.

Préparatifs et courses nécessaires pour les 4 jours de brousse dans la vallée de Tiden.

Départ vers 16h 30 pour arriver dans notre 1ère école, Tissawaten, l’école de Moktar, 3 heures plus tard. Nuit féerique dans son " fief ".

Samedi 11 octobre Levé nettement moins féerique à 6h 15... La chaleur, elle, se lève à 8h00.

L’air sec et la poussière commence à nous faire saigner du nez.

Moktar nous fait visiter son école en nattes qui ouvrira début Janvier 98. Ses cultures -12 hectares - sont impressionnantes ; elles sont irriguées grâce à sa miraculeuse pompe émergée fonctionnant avec un groupe électrogène qui fait jaillir l’eau de 18 m de profondeur.

Du maïs, des choux, du blé, des tomates, des oignons parsèment ses champs.
Le bruit de la pompe attire toutes les femmes des environs, chacune venant chercher l’eau nécessaire à la vie du campement.

Moktar supervise tout ça avec sa quiétude et sa générosité.

Nous partons. Sur la route, nous rencontrons des puits, cette fois traditionnels. Le rendement n’est évidemment pas le même, mais la technique est tout aussi inouïe.

Déjeuner à Boudarii, dans le village d’Ibrahim Feltou après s’être recueillis sur la tombe de Mano Dayak et des autres victimes.

Nous visitons l’école de Boudarii (école de l’association Grain de Sable + association suisse + Monaco ). 3 bâtiments : l’école et les deux dortoirs fille/garçons. Ibrahim s’est acharné à faire reconnaître ses écoles par le gouvernement et ses efforts ont été payants : l’état a reconnu l’école officiellement ce qui permettra aux élèves de poursuivre leurs études au collège. Reste par la suite à l’état de prendre en charge les livres scolaires et les salaires des instituteurs. Ce n’est d’ailleurs pas forcément arrangeant pour eux, car les associations Touaregs et Grain de Sable sont meilleurs payeurs.

L’école a pour l’instant 27 élèves, une classe de Cours d’Initiation et une classe de Cours Préparatoires.

Il nous semble important de préciser que l’école de Boudarii, exemplaire, n’est en aucun cas comparable aux autres écoles de l’association et ce pour plusieurs raisons : son emplacement la rend très accessible, les 3 associations ont pris en charge son financement (Association suisse = construction ; Monaco = salaire des instituteurs ; Grain de Sable = fournitures).

Lors du déjeuner, les instituteurs de Boudarii et Warha Takalte nous font part de leurs problèmes et de leurs doléances : manque de fournitures, manque de médicaments, apparition de maladies liées à l’approche de l’hiver...

Ce sont tous deux de bons instituteurs.

Nuit au campement d’Ibrahim dans l’oued.

La copulation des ânes nous chante sa douce berceuse et nous oblige à observer les étoiles à défaut de dormir. Il faut dire que la saison des pluies ayant été généreuse, le nombre élevé de pâturages rend les ânes euphoriques !

Dimanche 12 octobre Lever 6h 15 (On va s’y faire !). On part pour Egar Way, dans le village d’Omar.

C’est une belle école, mais les tables commencent à se détériorer. L’instituteur est le frère d’Omar, il a 19 ans.

Rencontre avec le chef de village (le père d’Omar) qui attend beaucoup de nous, voire trop.

Nous nous rendons ensuite à l’école de Tibouhet qui a complètement été ravagée par la saison des pluies. Les cours se font sous les arbres. Quelques gosses viennent nous rejoindre et nous demandons à l’un d’entre eux d’écrire son prénom, ce qui donne " Ali va au marché ". Il s’appelle en fait Mohamed...Son frère qui semble avoir dix ans ne va plus à l’école parce qu’il est trop vieux.

Nous avons ici un sentiment d’extrême pauvreté et de dénuement qui fait sans doute que l’instituteur exerce dans de difficiles conditions pour des résultats moyens.

Cette école nous semble donc prioritaire pour Grain de Sable. Pierre Lecut prévoit à terme, avec l’association Touaregs d’y construire une école en dur. Pour l’instant, nous devons nous contenter de leur donner 200 frs pour le rachat de nattes et du tableau.

Après le déjeuner, nous partons pour l’école de Sakafat. Il fait très très chaud. Nous croisons sur le chemin les cantonnements des anciens rebelles, censés être intégrés dans l’armée nationale ; ils sont 1200, seulement 200 d’entre eux seront retenus.

L’école de Sakafat est une heureuse surprise. Elle est en parfait état, et l’instituteur a également aménagé un terrain de foot, une cours d’école jonchée de mosaïques en pierre colorées. C’est génial !

Sakafat est pourtant un des villages les plus pauvres ; ils ne vivaient que de l’élevage. L’arrivée de l’instituteur a certainement tout changé : création de jardins, mise en place de coopératives d’hommes et de femmes, volontariat des parents d’élèves pour l’élaboration des repas, don d’une natte par femme, remise de diplôme de fin d’année et, surtout, volonté des parents de construire une école en dur. Bref, l’école et l’instituteur idéaux.

Cette école exemplaire doit absolument continuer à avoir notre soutien.

Nuit dans l’oued d’Egar Way.

Lundi 13 octobre Grasse matinée : 6h 30.

Départ pour l’école d’Ararouss où l’on découvre une école abîmé, les cours ont lieu sous les arbres. LE problème d’Ararouss c’est le puits. Artisanal, précaire, pas de bête pour puiser l’eau, qui est à peine potable et rend les enfants malades.

Ils sont ultra prioritaires dans la construction d’un puits (20 000 frs pour une construction assurée par les habitants) Et c’est vraiment urgent.

Nous nous rendons ensuite à Inghi-ghi (école de Touaregs et France Liberté). Grande réunion avec les responsables qui nous font part de leur état de précarité dû à l’absence de jardin et de leur trop petit cheptel.

Les associations Touaregs et France Liberté prévoient de financer l’achat de 78 chèvres pour la fin de l’année.

Départ pour Agadez où nous déjeunons en route à Tchirozérine chez un ami de Moktar. Nous croisons sur la route l’instituteur de Sakafat, revenant justement de Tchiro pour voir sa femme malade de la typhoïde. Cette grande ville qu’est Tchiro est alimenté par des eaux usées venant de l’usine de charbon et du dispensaire, ce qui donne de très beaux jardins mais qui propagent la typhoïde.

Nous profitons de cette halte à Tchiro pour rencontrer le conseiller pédagogique, qui nous conforte dans l’idée que nous devons absolument faire reconnaître nos écoles par l’état, pour le bien des enfants. Omar se chargera de toutes les formalités dans ce sens, en espérant qu’au moins deux écoles seront reconnues.

Le conseiller pédagogique nous donne un élément important : il y a 16% d’enfants scolarisés dans cette région...

Arrivée à Agadez dans la soirée. Nous décidons de partir le lendemain à Timia pour 3 jours.

Mardi 14 octobre Toute la journée passée sur la route (piste effroyable) pour 220 Km seulement...

Nuit au village d’Assalek : Krip-Krip (à environ 15 Km de Timia), éclairé par une de nos lampes solaires dont le chef de village en prend grand soin et qui fait l’attraction favorite des villages alentours. 12 h de soleil = 4 à 5 h d’autonomie. Ces lampes solaires ont d’ailleurs été distribuées dans les 8 écoles.

Mercredi 15 octobre Arrivés à Timia tôt, nous cherchons le jardinier Souley et son hôte Michel, un normand amoureux de Timia et se vouant à la population. Nous les trouvons en ville avec les vieux du village. Ils nous présentent le chef et l’ancien préfet de la région. Nous visitons la pharmacie (fournie et très bien gérée), le dispensaire et son infirmier s’acharnant à améliorer les conditions de vie de chacun (nous sommes éberlués de voir sa propagande pour l’espacement des naissances et diffusant des informations sur le S.I.D.A.).

Nous déjeunons chez Souley où on dévore oranges, pamplemousses et raisins. Michel explique que la pompe installée depuis février 1997 dans le jardin de Souley a permis de donner de plus gros fruits grâce à une meilleure irrigation.

timia.jpg (39660 octets)
Rue de Timia

 

L’ancien préfet de la région nous parle de l’usine d’uranium près de Timia qui embauche 400 personnes et où la COGEMA est majoritaire. Puis nous visitons l’école d’état en dur qui comporte plusieurs classes du C.P. au C.M.2.

Départ très ému de Timia en fin d’après-midi pour passer la nuit dans le village d’Assalek.

Cette fois-ci, les chèvres ont des flatulences... Re-observation des étoiles...

Jeudi 16 octobre Avant de partir, Pierre Lecut donne 1000 frs au chef du village pour racheter un chameau en remplacement de l’autre venant de se casser la cheville ; pas de chameau = pas d’eau.

Arrivée à Agadez en fin d’après-midi.

Vendredi 17 octobre Lever 8h 00 ! ! !

On découvre avec un certain énervement que les fournitures sont encore bloquées à Niamey. Donc, changement de programme, il faut retourner à Niamey pour tenter de débloquer la situation.

Comme il n’y a pas d’avion, nous décidons de repartir en voiture le surlendemain.

Samedi 18 octobre Derniers préparatifs du départ, visite des marchés, des dunes environnantes...

Dimanche 19 octobre Journée sur la route Agadez/Niamey, ponctuée par les prières du chauffeur et les barrages de l’armée.

Lundi 20 - Mardi 21 - Mercredi 22 Nous deux, on s’en est plutôt bien sorties par rapport à Pierre qui a du se résoudre à aller visiter les 4 ministères, et se heurter à l’administration nigérienne pour obtenir l’exonération des marchandises. Pour lui pas de grasses matinées, mais des salles d’attentes à n’en plus finir et des interlocuteurs partisans du moindre effort.

Mais heureusement, mercredi à 15h 30, l’autorisation a été obtenue dûment signée ; les marchandises n’ont pas été pillées ni même visitées.

Le départ approche, les gorges se serrent.

Avion à 8h 00 ; Arrivée le lendemain à 6h 00 à Roissy.

Et nous retrouvons notre désert : Paris.

NB : Conclusion
puce.gif (208 octets) un manque colossal de médicaments.
puce.gif (208 octets) financement très urgent d’un puits à Ararouss.
puce.gif (208 octets) financement d’une école en dur à Tibouhet.
puce.gif (208 octets) Tentative de reconnaissance par l’état nigérien de nos écoles.
puce.gif (208 octets) Classification de Grain de Sable comme ONG, ce qui faciliterait toute démarche administrative.
puce.gif (208 octets) Utilité des petits déjeuners ?
puce.gif (208 octets) Soutien nécessaire aux créations de coopératives.
 

 

Voir le rapport de Mars 99